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chapitre 4 Les garçons de la maternelle

1 -CULTIVER L'AMOUR (commentaires sur Viadeo)
1.
Cultiver l’amour ? Quelle sorte d’amour ?
2.
Quand j’avais vu les petites fourmis mourir brûlées, j’avais ressenti comme une douleur dans mon corps. Pourtant, ce n’était pas mon corps que le feu avait touché, c’était mes pensées ; comme si les fourmis faisaient partie de moi. Je n’avais jamais vraiment appris à faire la différence entre « moi » et « pas moi » (mais je savais que je n’étais pas une fourmi)… (heureusement !)
3.
D’ailleurs, j’avais été étonnée de constater que mes parents pouvaient voir des créatures vivantes brûler devant eux sans éprouver de douleur dans leur propre chair.
Essayant de les sensibiliser, je leur avais crié :
« Pourquoi vous avez fait ça ? Vous êtes méchants ! »
mais ils m’avaient envoyée balader.
4.
C’est seulement le lendemain, au cours du repas, qu’ils m’avaient demandé :
« Ben ! Qu’est-ce qui t’arrive ? T’as l’air tout triste. »
Je leur avais demandé à mon tour :
5.
« Ça ne vous fait rien, à vous, de voir quelqu’un brûler devant vous ? »
Quand les mots sortent de la bouche, les larmes qui vont avec sortent des yeux.
6.
Mes parents s’étaient échangé un regard interloqué et Maman avait répondu :
« Oh ! Si, alors. Quand je pense qu’au Moyen Age, les condamnés étaient brûlés vifs sur la place publique ! J’aurais pas aimé assister à ça. »
7.
Cultiver l’amour, ça ne veut pas dire apprendre à aimer : on ne peut pas apprendre à avoir de l’amour dans le cœur, pas plus qu’on ne peut apprendre à avoir du sang dans les veines.
8.
Cultiver la terre, ce n’est pas lui apprendre à faire vivre le monde végétal.
9.
Cultiver, c’est utiliser un potentiel préexistant pour en tirer avantage et arracher ce qui prendrait la place naturellement.
10.
Cultiver l’amour, c’est le rendre conforme à la norme en vigueur.
11.
Bon, on a de la chance : on n’est pas dans un pays en guerre… mais fais gaffe quand même ! Le cœur des adultes est toujours en guerre contre un tel ou un tel.
12.
Quand on est tout petit, la situation est parfois très embarrassante, genre : deux personnes que tu ne connais pas viennent à la maison, quels que soient les sentiments que chacune d’elle t’inspire intuitivement, tu dois embrasser la première que est un ami de la famille et te montrer distant pas rapport à la seconde qui n’est qu’un simple ouvrier venu dans le cadre de son travail.
13.
Cultiver l’amour, c’est apprendre à faire la différence entre les gens que l’on peut tutoyer et ceux que l’on doit vouvoyer ; apprendre à faire la différence entre les proches et les lointains.
14.
Les fourmis, de par leur taille, sont beaucoup trop loin de nous pour qu’on doive les aimer. Par conséquent, on peut les écraser ou les brûler si on veut, c’est pas grave.
15.
Sauf si leur espèce est en « voie de disparition », précisa Maman. Il subsiste donc une relative proximité planétaire, de sorte que même les adultes les plus cultivés seraient malheureux qu’une espèce de la terre y perde pied.
16.
Reste à savoir comment on peut être alerté d’un éventuel danger menaçant un animal ou son espèce si on n’entretient pas, à son égard, l’amour requis pour entendre son message.
17.
Auprès des animaux, qui ne parlent pas le langage des hommes, l’amour et le message ne se confondent-ils pas ? Non, je dis ça parce que, par exemple, moi, je sais que les chevaux m’inspirent une sorte de fascination respectueuse et les chats plutôt une tendresse attentive. Ça me fait l’effet d’un message.
18.
L’amour, c’est comme un clavier qu’on a dans le cœur : chaque être appuie sur la note, sur l’accord plus ou moins complexe, qui lui est propre.
19.
Cultiver l’amour, c’est retirer les notes des uns pour les donner aux autres.
20
.
Le jour où je fis cette réflexion à mon père, il me répondit que c’est ainsi que l’homme crée des sons et des musiques qui n’existent pas dans l’harmonie originelle qui, elle, n’est que silence.
21.
Du tas au tac, je répliquai à mon tour : « Alors, le rock n roll est plus cultivé que la musique classique. »
22.
Ah ! Ouais : quand je prenais la défense des fourmis, je me faisais fiche de moi mais si j’en fais autant avec le rock n roll, on rigole moins !

2 - LA SORTIE DU COCON (commentaires sur Viadeo)
23.
Aimer pourrait-il être un acte de rébellion ?
24.
Bien entendu, j’avais un amour très grand pour les êtres qui m’étaient familiers.
25.
C’est comme si on lit un livre dans une bibliothèque. On se sait entouré d’une multitude d’autres livres mais on a les yeux rivés sur celui-ci ; on s’attache à ses personnages ; on se passionne pour son histoire.
26
Il n’empêche qu’à force de voir les couvertures d’autres livres, ils finissent par nous devenir aussi un peu familiers même si on ne sait pas ce qu’ils contiennent ; comme le vieux monsieur bossu que je voyais toujours passer sur le trottoir d’en face : je n’ai jamais rien su de lui et c’est précisément ce qui a marqué ma mémoire.
27.
Je tenais aux miens très fort mais, parfois, j’étouffais dans ma famille. Est-ce être infidèle ?
28.
De toute façon, les amis de la famille ne l’étaient jamais par hasard. C’était la famille d’une copine à Maman, d’un collègue à Papa… et pourquoi pas la famille d’une copine à moi ?
29.
La question me traversa l’esprit, un jour, en fin d’après-midi : comment ça se faisait que ce n’était jamais moi qui présentais de nouveaux amis à la famille ?
30.
C’était quand j’avais quatre ans et demi. Maman était dans la cuisine, entrain de préparer la soupe, quand je vins lui demander :
« Comment ça se fait que c’est jamais moi qui présente de nouveaux amis à la famille ? »
31.
Qu’est-ce qu’elle me répondit ? Comme toujours :
« Tu comprendras quand tu seras grande. »
J’en avais marre de cette réponse nébuleuse !
En plus, il y avait Nani qui me disait :
32.
« Quand tu es petite, tu te poses des tas de questions auxquelles on te promet des réponses quand tu seras grande et puis, quand tu grandis, tu t’aperçois que tes questions sans réponses ont disparu dans l’oubli. Personne ne vient te les remémorer […] il faudrait les consigner dans un carnet tant qu’on y pense. »
33.
Pff ! Je ne savais pas écrire. Je voulais des réponses…
« Tout de suite ! »
Dis-je en tapant du pied.
34.
Mardi tantôt, Maman m’emmena au jardin d’enfants de Courbevoie. C’était loin de la maison et je n’aimais pas marcher.
35.
Mécontente, j’imitai Maman en répétant ce qu’elle me disait chaque fois qu’elle m’emmenait là-bas :
« Allez ! Ça te fera du bien de prendre un peu l’air.
36.
- Oui, en effet, répondit Maman et, aussi, tu pourras rencontrer des enfants de ton âge : c’est mercredi, aujourd’hui.
- Je vais me faire des amis ?
- Je sais pas. On verra. »

3 - LE GARÇON DU TOURNIQUET
37.
Je m’empressai de ranger mon mécontentement et me montrai sous mon plus beau jour lorsque nous entrâmes dans le jardin d’enfants… désert.
Maman s’installa sur un banc avec sa couture et me permit d’aller jouer.
38.
Mon jeu préféré, c’était le tourniquet.
Si Papa avait été là, il n’aurait portée, posée sur le tourniquet et l’aurait actionné ; moi, je n’aurais eu qu’à rester assise comme sur un manège.
Maman ne faisait rien de tout ça. Elle restait assise sur son banc, avec sa couture et me disait :
« Débrouille-toi ! »
39.
C’était pas facile. Je m’efforçais de courir pour le faire tourner et dès que je n’asseyais dessus, mon poids l’arrêtait.
« Ça te fait faire un peu d’exercice »
Disait Maman.
40.
Je n’étais pas d’une nature sportive.
Finalement, j’étais assise sur le tourniquet immobile quand un garçon et une dame entrèrent dans le jardin. La dame s’assit sur un banc. Le garçon accouru vers moi en riant et posa ses mains sur le tourniquet, juste à côté de moi.
41.
Moi, je le trouvais beau. Il n’était sûrement pas aussi fort que mon papa mais il avait l’air tout disposé à actionner le tourniquet.
42.
A ce moment-là, il advint… comme d’habitude. Ce n’est pas facile de décrire l’habitude parce qu’on y est modelé depuis tout bébé, depuis bien avant qu’on ne soit capable de réfléchir à ce qui se passe.
43.
Alors que, grâce au jeu du tourniquet, j’étais sur le point de me faire un ami, je perçus comme un frein à l’intérieur de moi, un drôle de pressentiment.
44.
Je regardai Maman pour être sûre : oui, elle faisait les gros yeux ; ça voulait dire que je n’avais pas le droit de jouer avec le garçon.
45.
Pourquoi ? Comment ça se faisait que ça se passait toujours comme ça ? Qu’est-ce que j’avais fait de mal ?
46.
Je quittai le tourniquet et le garçon pour retourner auprès de Maman et lui demander une explication.
47.
Quand j’arrivai devant elle, son regard était redevenu tranquille. Elle jeta un coup d’œil furtif sur les gens qui étaient assis sur les bancs, de part et d’autre du jardin et me demanda d’une voix forte et doucereuse :
« Tu veux pas jouer avec le petit garçon ?
- J’ai le droit ? »
demandai-je timidement.
48.
Ma mère baissa la tête vers moi pour me faire les gros yeux avant de trancher d’un ton brusque :
« Non ben si tu veux pas t’es pas obligée. »
49.
Les gros yeux, c’est quand il faut obéir sans explication. Tout ce que je savais, c’est qu’à la question « j’ai le droit ? », la réponse avait été « non » suivi d’un édulcorant.
50.
Il me fallu donc passer mon après-midi à m’ennuyer, assise sans bouger à côté de la maman méchante, regardant tristement les enfants jouer sur le tourniquet.
51.
Lorsque l’après-midi s’acheva et que nous sortîmes de parc, je pus dire à nouveau ce que j’avais sur le cœur, dire les choses exactement comme elles s’étaient passées, dire que je n’étais pas contente.
52.
Maman s’en fichait dès lors qu’il n’y avait plus de témoins. Elle me répondit seulement :
53.
« Oui ? Et alors ? Dépêche-toi ! Tes frère et sœur vont attendre leur goûter. »
Pire : le soir, à la maison, Maman a raconté à tout le monde que je n’avais pas voulu jouer avec le garçon parce que j’étais « sauvage ». Tout le monde la croyait, même moi.
Oui parce que, moi, j’étais trop petite pour avoir raison.
54.
Y a que Nani qui était gentille. Elle me dit :
« Si tu as besoin de prendre un adulte à témoin, tourne-toi vers celui que tu deviendras quand tu seras grande ! Il est là pour toi : c’est ton ange gardien. Embauche-le à ton service !
55.
- Comment ça : « il est là pour moi » ? je ne vois personne devant moi : l’adulte que je deviendrai plus tard n’existe pas encore. Comment est-ce qu’il (ou plutôt elle) pourrait m’aider ?
56,
Si un problème te tracasse, range-le dans un coin de ta mémoire en imaginant que tu le transmets à l’adulte que tu deviendras… et puis n’y pense plus ! Aie confiance en ton ange gardien ! »

4 - LA FILLE DU ROCHER
57.
Une autre fois, Maman m’emmena au jardin d’enfants sous prétexte de profiter du beau soleil.
58.
Je maugréais en chemin : ce n’était pas la peine de marcher jusqu’à là-bas si je n’avais même pas le droit de jouer avec les enfants. Le soleil, je le voyais très bien de la fenêtre de ma chambre.
59.
Maman, apparemment de bonne humeur, me répondit d’un ton léger :
« On verra bien ce qui va se passer. »
60.
Ce qui se passa ce jour-là dans le jardin d’enfants était peu ordinaire : Maman adressa la parole à une dame qui se trouvait là, comme si c’était son amie, genre :
« Quel beau temps on a, aujourd’hui ! »
61.
La dame lui répondit sur le même ton. Pourtant, elles ne se connaissaient pas. Ce n’était vraiment pas le genre de Maman de discuter avec des étrangers. Je n’y comprenais rien.
62.
Maman demanda à la dame si elle voulait bien que je jouasse avec sa fille. Jouasse ? Tout le monde le fut, apparemment. La dame demanda à sa fille de m’emmener jouer avec elle.
63,
La fille me prit par la main et m’emmena non pas sur le tourniquet mais sur le grand rocher qui était derrière les jeux parce qu’elle voulait jouer à se promener… m’enfin bon… en plus, étant moi-même une fille, j’aurais préféré rencontrer un garçon… m’enfin bon… en plus, je ne la trouvais pas très belle… m’enfin bon… en plus, je ne la trouvais pas très intelligente… m’enfin bon… je voulais bien quand même faire sa connaissance et la suivre dans ses jeux… si ça pouvait faire plaisir à Maman.
64,
Son jeu préféré, c’était parler, parler beaucoup. Moi, je lui posais des questions. C’est comme ça que j’appris qu’elle venait souvent au jardin d’enfants et qu’elle y rencontrait toujours du monde : un jour moi, un jour quelqu’un d’autre… elle jouait indifféremment avec tous les enfants qu’elle trouvait sur son rocher. Sa mère ne s’y opposait jamais ; elle était libre.
65.
Ça, c’était les réponses à mes premières questions. Après, ses réponses devenaient vaseuses ; même, elle ne me répondait plus du tout. Elle parlait, elle parlait beaucoup mais ne disait que des choses vides, répétait plein de fois les mêmes choses.
66.
Elle parlait fort. Ça, oui. Etait-ce seulement à moi qu’elle parlait ? Elle semblait poursuivre des aventures imaginaires dans lesquelles je ne figurais pas.
67.
Quand je parvins à la sortir de ses rêveries, elle me dit :
« T’as qu’à y aller, sur ton tourniquet. Moi, je suis celle qui joue sur le rocher. Quand tu auras envie de jouer à mon jeu, tu reviendras. »
68. (extrait commenté)
Elle avait raison. J’aurais volontiers suivi cette stratégie mais avec ma mère derrière, je n’osais pas m’y risquer. Je ne voulais même pas retourner auprès d’elle pour lui demander si j’avais le droit d’aller sur le tourniquet. Si c’était pour qu’elle me refît le coup de la fois précédente, non merci !
69.
Ma mère avait voulu que je devinsse amie avec la fille du rocher. Pourquoi ? Je n’en savais rien mais il fallait que j’y parvinsse si je ne voulais pas qu’elle me traitât encore de sauvage et qu’elle m’obligeât à rester assise avec elle, sur son banc.

5 - LE BON USAGE DE L'AMITIE
70.
Je ne croyais pas pouvoir faire comprendre cela à la fille du rocher. Je n’avais même pas essayé. Cependant, quand elle m’avait dit :
« T’as qu’à y aller, sur ton tourniquet… »
je m’étais mise à penser tout haut, debout à côté d’elle. Pendant ce temps-là, elle était restée accroupie, la tête baissée, remuant la terre avec son seau. Je croyais qu’elle ne m’écoutait même pas, que je n’avais plus qu’à m’en aller…
71.
Elle se leva soudain, me prit la main et me dit :
« Alors, viens ! Entre dans mon jeu ! C’est facile : fais comme moi et répète ce que je dis ! »
C’est ainsi qu’elle devint mon amie.
72.
Plus tard, Maman m’appela parce qu’il était l’heure de rentrer à la maison pour goûter. Avant de partir, je souhaitai retourner auprès de mon amie pour lui dire au revoir et l’embrasser, comme il est d’usage entre amis. Maman me le permit, à condition que je me dépêchasse.
73.
Je courus vers la fille du rocher et la pris dans mes bras. De son côté, elle se dégagea promptement de mon embrassade, me jeta un regard trouble et me demanda :
« Qu’est-ce qui te prend ?
74.
- Ben, je viens te dire au revoir parce qu’il faut que je rentre à la maison pour goûter. »
répondis-je.
75.
En fait, ce qui l’avait choquée, ce n’était pas la raison de mon départ.
« Pourquoi je t’embrasserais ? J’te connais pas ! »
me dit-elle.
« Ben si. C’est moi. On a joué ensemble. Tu te rappelles pas ? »
76.
 Je n’y comprenais rien. Je regardai autour de moi pour m’assurer qu’il n’y avait pas là une autre fille qui lui ressemblait. Où était passée mon amie ?
77.
Finalement, j’eus la confirmation que c’était bien elle quand je l’entendis répéter ce qu’elle m’avait dit tout à l’heure :
« Je joue avec tous les enfants que je rencontre sur mon rocher, un jour toi, un jour quelqu’un d’autre… »
Elle ajouta alors :
« …mais j’embrasse pas tout le monde et n’importe qui. J’embrasse seulement ma mère. »
78.
Derrière moi, au loin, une voix appela :
« Angélique ! Angélique ! »
C’était ma mère qui me pressait de revenir.
79.
Désemparée, je redescendis du rocher en pleurant. Ce que voyant, ma mère gronda :
« Tu ne vas tout de même pas faire une comédie pour rentrer, non ?
80.
- E veut pas m’embrasser, è m’connait pas ; j’suis pas son amie. »
expliquai-je au milieu de mes sanglots.
81.
Ayant vu la scène de loin, la dame, à qui Maman avait adressé la parole à notre arrivée, appela sa fille et s’enquit de la raison de mes pleurs.
82.
Gentiment, elle dit à sa fille, en parlant de moi :
« Eh, bien ! Embrasse la petite fille ! »
La fille du rocher eut un geste de recul et regarda sa mère avec un air interrogateur, comme s’il lui eut paru que m’embrasser fût contraire aux usages.
83.
La dame précisa dans un sourire :
« Par politesse, ça se fait. »
Comme si une barrière de passage à niveau venait d’être levée, la fille s’avança et me fit la bise.
84.
La dame se baissa vers moi et me dit :
« Tu veux être son amie ? Elle s’appelle Caroline. Tu t’en souviendras ? »
C’était quand j’avais quatre ans et demi.

6 - L'ENFANT SAUVAGE  (commentaires sur Netlog)
85.
 Lorsque nous sortîmes du parc, comme la fois précédente, j’avais plein de choses à dire.
86.
Maman me répondit seulement :
« Oui. Et alors ? Qu’est-ce que tu aurais voulu que je fasse ? Que je devienne amie avec la mère pour que tu puisses revoir la fille ?
- Ben, non ! c’était moi qui voulais présenter des nouveaux amis à la famille. Tu te rappelles ? »
87.
Ça, c’était ce que j’avais dit quelques semaines plus tôt. Je n’avais que quatre ans et demi mais j’étais capable de me souvenir d’une conversation qui remontait à quelques semaines.
88.
C’était en début de soirée. J’étais allée voir Maman dans la cuisine et je lui avais demandé :
« Comment ça se fait que c’est jamais moi qui présente de nouveaux amis à la famille ? »
89.
Maman, qui n’avait pas envie de se casser la tête, m’avait envoyé balader en me répondant :
« Tu comprendras quand tu seras grande. »
90.
Moi, ça m’avait énervé. Alors, j’avais tapé du pied en disant :
« Je veux comprendre tout de suite ! »
91.
Maman n’avait pas fait les gros yeux en grondant :
« Parle sur un autre ton ! »
A la place, elle avait hoché la tête d’un air amusé et c’en était resté là.
92.
Du moins, je croyais que c’en était resté là mais, depuis, elle m’avait emmené deux fois au jardin d’enfants et il s’était passé plein de choses : j’avais voulu jouer au tourniquet mais je n’aimais pas courir ; j’avais voulu jouer avec le garçon mais j’avais eu peur de me faire gronder ; Maman m’avait traitée de sauvage mais…
93.
« Sauvage ! Sauvage ! Finalement, c’est Caroline, la sauvage ! »
94.
Il fallut que je me fisse cette réflexion à voix haute pour que Maman reconnût enfin la réalité de ce qui s’était passé la semaine précédente.
95.
C’était la fois où j’étais assise toute seule sur le tourniquet et qu’un garçon était venu y jouer aussi. J’avais voulu jouer avec lui mais j’avais senti, au fond de moi, que je n’en avais pas le droit. Ayant eu un doute sur la question, j’avais regardé Maman et elle m’avait fait les gros yeux. Je savais donc que ce n’était pas moi qui m’étais fait des idées. Il était clairement établi que je n’avais pas le droit de jouer avec le garçon mais Maman s’était arrangée à faire en sorte que moi seule visse ses gros yeux. Ainsi, pour l’observateur, c’était moi que n’avais pas voulu jouer avec le garçon ; illusion que Maman avait confortée par la parole, allant jusqu’à me traiter de sauvage.
96.
Je n’étais pas folle, je savais bien que c’était Maman qui m’avait empêché de jouer avec le garçon. Elle le reconnut enfin et me suggéra d’analyser le comportement de Caroline au travers de cette expérience.
97.
La situation de Caroline était-elle similaire ?
Moi, à la base, j’avais trouvé que la fille du rocher avait de la chance que sa mère la laissât libre de jouer avec tous les enfants du jardin, garçons et filles ; libre de se faire tous les amis qu’elle voulait. Pourtant, au bout du compte, elle ne se faisait jamais le moindre ami (puisqu’elle n’embrassait jamais personne d’autre que sa mère). Pourquoi un tel ratage ? Comment pouvait-elle être à ce point indifférente aux enfants qu’elle avait le bonheur de côtoyer ? Qu’est-ce qui se passait, dans sa tête ?
98.
Aurait-il été possible que ce comportement lui fût dicté par sa mère, sans que rien ne le laissât transparaître ? La fameuse barrière de passage à niveau qu’il m’avait semblé percevoir entre Caroline et moi, n’était-ce pas sa mère qui la levait et la baissait à sa guise ?
99.
Voilà donc ce qu’est cette soi-disant vertu que prônent les grandes personnes et dont je n’ai jamais trouvé trace en mon être : la politesse.
100.
La politesse est un principe qui transforme une embrassade chaleureuse et spontanée en une bise glaciale donnée du bout des lèvres. La politesse, c’est rendre un élan du cœur après l’avoir volé, esquinté et dénaturé.
101.
C’est bien ce qui m’avait toujours semblé : la politesse, c’est mal.
102.
Et puis, d’abord, pourquoi la mère de la fille du rocher avait-elle voulu que je me souvinsse du prénom qu’elle lui avait donné à sa naissance ? Qu’est-ce que ça pouvait changer ? Combien de temps devais-je conserver le souvenir de ce détail ?

7 - MA PREMIERE PAGE
103.
Le jardin d’enfant était loin de la maison, il fallait marcher longtemps et ce chemin du retour commençait à me faire mal à la tête.
« Eh, ben ! Arrête de réfléchir ! »
lança Maman.
Je voulus bien obéir mais, aussitôt, toutes les notions précédemment énoncées resurgirent en mon esprit.
104.
« Donc, dis-je, tu reconnais que c’est pas moi qui suis sauvage, que c’est toi que avais fait les gros yeux pour pas que je joue avec le garçon du tourniquet.
- J’ai jamais dit ça.
- Mais si ! Tout à l’heure, tu l’as dit. J’en ai marre ! J’ai mal à la tête.
105.
- Non, je ne l’ai pas dit. C’est toi qui le suppose. Moi, je t’ai seulement suggéré d’analyser le comportement de ta copine au travers de cette supposition.
106.
- Ça veut rien dire : « supposer ». C’est vrai ou c’est pas vrai. Et puis, d’abord, c’est pas ma copine. J’m’en fiche, de la fille du rocher. Moi, je voulais jouer avec le garçon du tourniquet. C’est lui, mon ami.
- Pourquoi ?
- Parce qu’il est beau.
107.
- Ah ! Bon ? C’est ton ami parce qu’il est beau ?
- Ben, oui… et puis parce qu’il aime bien jouer au tourniquet, comme moi… et puis… t’as bien vu : dès qu’il est arrivé au jardin d’enfants, il est venu vers moi en courant. C’est qu’il voulait jouer avec moi. C’est mon vrai ami.
108.
- Non. C’est vers le tourniquet qu’il est allé en courant. Il s’en fiche de toi, sinon, il serait venu te voir quand tu étais sur le banc. »
109.
A ce moment-là, il y eut comme un blanc. Quand je revins à moi, j’étais debout, en plein milieu du trottoir, le visage couvert de larmes. Maman me tenait la main et me regardait d’un air inquiet. Elle me parlait, me demandait si je me sentais bien. Je lui répondis que je me sentais bien, à part que j’avais très, très mal à la tête.
110.
En fin de compte, le malaise que je venais de faire s’appelle : « piquer une colère ». Du coup, son inquiétude passée, Maman se mit à me gronder, genre :
« Ça suffit ! J’te dirai plus rien. Débrouille-toi… et avance !
- M’en fiche que tu m’dises pus rien. D’façon, tu m’dis que des mensonges. »
111.
Oui parce que le garçon, il avait accouru vers le tourniquet mais il avait posé ses mains juste à côté de moi, une à ma gauche, une à ma droite… ça veut dire quelque chose… et puis… il ne pouvait pas venir me voir sur le banc parce que, à côté de moi, il y avait la méchante maman aux gros yeux que fait peur aux garçons exprès.
« Je le sais, que c’est vrai ! »
112.

Jusqu’au soir, tous ces éléments de réflexion revenaient dans ma tête les uns après les autres, tourbillonnaient dans tous les sens, se chevauchaient, se mélangeaient, m’échappaient, me fatiguaient… j’étais trop petite, moi !
113.
« Au secours, Nani !
- Ce qui te parait important, consigne-le dans un coin de ta mémoire, apprends à écrire et fais un livre ! »
me répondit-elle.
114.
Ah ! Oui. Au fait, je ne t’ai pas dit : je suis Angélique, la petite sœur de Kaki et Nani.

8 - ÇA COMMENÇAIT BIEN
115.
C’est à partir de ce moment-là que Nani me parla d’une grande maison que les hommes ont bâtie pour les enfants ; une grande maison dans laquelle il n’y a que des enfants et pas de parents ; dans laquelle tous les enfants ont le droit d’aller pour se rencontrer, devenir amis et passer toute la journée ensemble.
116.
De prime abord, il me parut que les hommes avaient fait le plus beau cadeau dont les enfants eussent pu rêver, que nous allions enfin pouvoir bâtir un monde dans lequel il fait bon vivre.
117. (extrait commenté sur Diaspora)
La maison des enfants ! La maison des rêves !
C’est ce que je crus jusqu’à ce que j’apprisse qu’une bonne femme qui se faisait appeler maîtresse –une intruse, donc- cassait le rêve par sa présence.
Quelle trahison, de la part de l’homme, d’avoir pris une maîtresse ! Il a tout gâché.
118.
En fait, Nani m’expliqua que la maîtresse est une gentille dame qui ne vient dans l’école que pour donner un léger coup de pouce aux enfants qui ont entrepris d’apprendre à lire et à écrire. En dehors de ça, elle sait se montrer discrète, de sorte que les enfants ne soient pas gênés par sa présence et que l’école puisse fonctionner exactement comme si elle n’était pas là.
Du moins, c’est ce que je crus comprendre…
119.
De déception en déception, j’acceptai finalement, tenant compte des nombreuses restrictions dont l’école est frappée, de la fréquenter deux années consécutives : une pour me consacrer à l’amitié (maternelle) et la seconde pour apprendre à lire et à écrire (grande école).

9 - UNE VIE QUI S'EFFONDRE (commentaires sur Netlog) (commentaires sur Google+)
120.
La rentrée des classes eut lieu le matin. J’allai à l’école en suivant le conseil de Nani :
« « Pour aimer l’école, il faut chasser de ton esprit tous ses points négatifs et te concentrer uniquement sur la raison pour laquelle tu y vas. »
121.
Le midi, Maman vint me chercher et me ramena à la maison. Kaki et Nani devaient revenir du lycée vingt minutes plus tard, ce qui laissait à Maman le temps de préparer le repas.
122.
Dans la cuisine, je regardais silencieusement Maman qui se concentrait sur son nouvel emploi du temps et sur ses casseroles quand Nani arriva tout à coup.
Maman lui demanda :
« Ben ! Comment ça se fait que t’es déjà là ? »
Nani répondit, toute excitée :
123.
« J’ai couru pendant tout le chemin : j’avais hâte que Doudoune me raconte sa première matinée d’école. »
Nani se tourna vers Doudoune et lui demanda :
« Alors, raconte ! C’était bien, l’école ? »
Doudoune, c’était moi.
124.
Pauvre Nani ! Elle était si fière que sa Doudoune allât à l’école ! Du coup, je décidai de reporter à plus tard ce que j’avais à dire et répondis :
« Oui. »
125.
Ma voix tremblante, mon absence de sourire et les larmes que je n’arrivais pas bien à contenir jetèrent quand même un froid. Maman détacha son attention de ses casseroles et Nani me demanda d’un ton hésitant :
« Alors, tantôt, t’y retournes ?
126.
- Non, pas tantôt, expliquai-je. J’irai plutôt demain. »
En fait, il était tout à fait hors de question que je retournasse dans cette école, même pas pour faire plaisir à ma famille, même pas pour une heure. Tout ce que je pouvais faire, c’était leur dire, genre :
« J’irai plus tard… j’irai un autre jour… on verra… »
reculer l’échéance jusqu’à ce que cette histoire d’école tombât dans l’oubli.
Alors, un jour, je leur en reparlerais. Je leur dirais :
« Tu te souviens, l’école ? C’était pas pour moi, tu sais »…
Maman et Nani insistèrent :
127.
« Tantôt aussi, faut y aller. »
Cela dura ainsi un long moment. Leur entêtement me faisait beaucoup souffrir. Les longues heures que je venais de passer dans cette école m’avaient fait tant de mal ! J’avais besoin d’aller dans ma chambre, de m’allonger, de fermer les yeux et de me dire :
« C’est fini. Tout va bien. »
128.
Maman et Nani continuaient à me tarauder pour que j’acceptasse d’y retourner. Pour mettre fin à ce tourment, je demandai explicitement :
« Chuis pas obligée, d’y aller ?
- Non. L’école maternelle, c’est pas obligatoire. »
répondit Nani.
Ouf ! Quel soulagement, enfin ! Je n’avais plus qu’à conclure :
« Alors, j’y vais pas. »
Avant de parler, j’avais besoin de reprendre mes esprits et de respirer. J’étais encore sous le choc.
129.
Pendant ce temps-là, j’entendis Maman dire à Nani :
« Ben non. Faut pas lui dire ça ! »
me replongeant dans l’angoisse.
Mon Dieu ! Qu’elle était lourde !
130.
Moi, je savais que je n’étais pas obligée d’aller à l’école ; c’est ce qui avait été convenu. Vu ce qui se passait dans l’école maternelle, je ne pouvais pas accepter d’y retourner. Il fallait que Maman se mît ça dans la tête, que ça lui plût ou non. C’est comme ça, il y a des choses qu’on ne peut pas accepter.
131.
Je la regardai droit dans les yeux et reformulai ma question :
« Chuis pas obligée d’y aller, à l’école ? »
Elle se mit à tergiverser, à dire je ne sais quoi, un blabla quelconque.
Je reformulai ma question :
« Chuis pas obligée d’y aller, à l’école ? »
Elle ne voulait pas répondre franchement. Elle cherchait à me faire craquer pour que je cédasse.
132.
Oui, bien sûr, j’avais les nerfs qui lâchaient, étant donné ce que j’avais vécu tout au long de la matinée et subissant, maintenant, la menace d’y retourner.
J’explosai :
« Même si tu me donnes une fessée pour me faire dire que je veux bien retourner dans l’école maternelle, je le dirai pas. Chuis pas obligée d’y aller, à l’école ? »
133.
Nani s’interposa :
« Oh ! Non, Maman. Lui donne pas de fessée ! Pas aujourd’hui, quand même !
134.
N’ayant plus d’autre moyen de pression, Maman me répondit :
« Si, c’est obligé. Faut y aller.
135.
Je sentis en moi un effondrement total. Nani me retint pour ne pas que mon corps s’écroulât sur le sol.
Maman demanda :
« Qu’est-ce qui s’est passé? Explique !
136.
Je voulais en finir. Ressasser cette histoire par-dessus le marché, c’était au-dessus de mes forces. Pourtant, il fallait que je parvinsse à répondre à la question de Maman. C’était ma seule chance de faire respecter mon choix.
137.
Il s’était passé beaucoup de choses qui me donnaient envie de pleurer mais il ne fallait pas que je pleurasse si je voulais arriver à parler. Il fallait que j’allasse à l’essentiel, que je dénonçasse le plus grave.
138.
Oh ! Je savais bien ce que c’était, le plus grave. J’ouvris la bouche pour l’exprimer mais aucun son ne put sortir de ma gorge.

10 - LA PROMESSE DE VERITE 
Nani me demanda :
139.
« Y a un garçon qui t’a tapée ? »
Cela chassa de mon esprit l’image d’épouvante qui me paralysait. J’éclatai en sanglots et répondis :
« Oui. »
Du coup, Maman et Nani focalisèrent sur ce détail :
140.
« C’est pas grave. Faut pas pleurer pour ça. Ils sont méchants, les garçons : ils tapent, ils tirent les cheveux… faut pas t’occuper d’eux. Fais-toi des copines et si un garçon t’embête, va le dire à la maîtresse !
141.
Je ne comprenais pas pourquoi Maman et Nani accablaient ainsi les garçons. Ça ne me plaisait pas parce que, dans la classe, quand le garçon aux cheveux blonds et bouclés m’avait regardée, j’avais vu qu’il était malheureux.
142.
Pour contrebalancer les accusations de Maman, j’ajoutai :
« Y a aussi une fille qui m’a tapée. »
Maman et Nani se mirent à blablater à propos des enfants méchants et des enfants gentils, d’éviter les premiers et de devenir amie avec les seconds.
143.
Ça n’avait aucun sens ! Au jardin d’enfants, jamais aucun enfant ne m’avait tapée ; quand Papa et Maman et leurs amis se recevaient, jamais leurs enfants ne me tapaient. Gentils ou méchants, les enfants ne tapent pas absurdement.
144.
Si Maman et Nani avaient si bien deviné qu’un garçon m’avait tapée en l’espace d’une seule matinée d’école, ça prouvait bien qu’il se passait quelque chose au niveau de cette école.
145.
Ça m’étonnait, d’ailleurs, de la part de Maman et Nani, qu’elles accusassent un petit enfant de méchanceté sans même chercher à comprendre le pourquoi de son geste.
146.
C’est ce que je voulus expliquer en disant d’un ton grave :
« C’est pas plus la faute du garçon que la mienne, s’il m’a tapée.
147.
- Tu as raison, répondit Nani. En cas de conflit avec un enfant de ton âge, c’est bien de te rendre compte que les torts sont partagés entre lui et toi mais une fois que te t’en es rendu compte, il faut bien rejeter la faute sur quelqu’un. L’autre dira toujours que c’est toi, la fautive. Alors, fais-en autant ! Accuse-le pour te protéger ! Sinon, tu te feras piétiner.
- Mais non, c’est pas ça.
- Alors, quoi ?
148.
- Je sais bien que moi, j’étais gentille et que je méritais pas qu’on me tape. C’est pas moi qui lui ai donné envie de me taper ; c’est l’école. C’est ce qui se passe à l’école qui rend les enfants comme ça.
- Te dis pas ça ! sinon, t’arriveras jamais à te plaire, à l’école.
- Je sais. »
149.
J’avais du mal à parler entre les sanglots mais ça y était : j’avais au moins réussi à faire comprendre que je ne pouvais pas me plaire dans cette école.
150.
Non ! Pas encore. Nani continua d’insister, prétendant que je pouvais quand même me plaire à l’école, qu’il me suffisait, pour ce faire, d’oublier ce que je venais de dire, d’oublier que le système scolaire était à la source de mon « conflit » avec le garçon.
151.
Après tout, s’il m’avait tapée, c’est qu’il avait voulu voir en moi la source de son malheur (effectivement généré par le système scolaire, soit). Il fallait, pour me plaire à l’école, que j’en fisse de même, que je me vengeasse sur lui en le traitant de méchant.
152.
Lasse, je dis d’une voix vide :
« « Oui, j’ai vu. C’est bien comme ça que ça se passe à l’école mais moi, je peux pas faire ça. J’ai promis.
- T’as promis ? demanda Maman en fronçant les sourcils. Qu’est-ce que tu as promis ? A qui t’as promis ?
153.
- A moi. Quand j’étais dans l’école et que j’avais le droit de choisir de ne pas y retourner, je me suis promis de ne jamais oublier ce que vivent les enfants qui y sont prisonniers. Si on m’avait dit plus tôt qu’on m’obligerait à y retourner, je me serais pas promis mais, maintenant, c’est trop tard : la promesse est dans mon cœur. J’ai pas envie de parler de l’école. Depuis tout à l’heure, je me force pour vous faire comprendre mais si vous voulez pas comprendre, c’est pas la peine. Laissez-moi tranquille ! J’veux aller dans ma chambre, m’allonger et fermer les yeux »…

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